Aestas finis [background Hedwig]

Hedwig P. Lovecast
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Ven 23 Nov - 18:49

Aestas finis [Background Hedwig]
« Il est remonté trop loin dans le passé, et le passé a fini par l'engloutir »
Lovecraft – L’Affaire Charles Dexter Ward

Pub Le Balais Irlandais, Whitechappel, Londres - 06 aout 2050, 23h45

- Il faudrait m'expliquer concrètement ce qu'il s'est passé ce jour là. Depuis que je le connais, il est chaque année dans cet état à la même période. Ça dure une semaine ou deux, c'est variable. Je sais que c'est en rapport avec sa sœur et qu'il broie du noir sévèrement, mais bon sang ! Ça fait quinze ans Clara, il faudrait qu'il se bouge un peu !

- Doucement Connor. Déjà il s'agit de dix ans et non quinze. En plus, tu ne sais pas tout. C'est un sujet très sensible pour lui. Tu comprends, ils étaient extrêmement proches avec sa soeur. Même à moi il ne m'a pas tout raconté.

- Ce que j'en dis c'est qu'il devrait avancer. De rester prostré dans un tel mutisme chaque année en cette période, même si c'est difficile, le monde actuel ne permet plus ce genre de vague à l'âme. J'en sais quelque chose...


    Connor Mckenzie laissa sa phrase en suspens en jetant un regard triste sur une vieille photo accrochée derrière le comptoir du bar du Balais Irlandais. Clara Oswin, compréhensive adoucit son visage, elle qui était un peu en colère contre le brasseur. Il y eut un moment de silence. C'était un samedi soir, la clientèle était famélique, comme souvent en ce moment. Peu de personnes traînaient le soir ces temps-ci, avec les lois dictées par les Partisans ou par peur de tomber sur un sorcier. Une atmosphère chaleureuse régnait cependant dans le bar, tout en bois, peinture verte et chaleur typique d'une brasserie irlandaise, le tout un peu cliché mais diablement efficace. Clara observa un temps la salle avant de reprendre plus posément :

- Je sais que nous avons tous vécu des choses difficiles ces dernières années. Depuis 2032, tout ne s'est pas bien déroulé. L'Angleterre et la seule nation a croire au monde magique, les gens deviennent paranoïaques et ont peur. Tu n'aurais pas dû pousser Hedwig à bout à ce point cependant.

    Bougon, Connor maugréa :

- Mouais. Peut-être. Mais je m'inquiète pour lui. C'est un gars bien dans le fond, et ce qu'il fait dans ses bouquins est super. Peu de personnes s'opposent aux Partisans publiquement, même s'il essaye de se persuader qu'il ne résiste pas.

- Bien sûr qu'il résiste, qu'il prouve qu'il existe ! Nous sommes Amour mon cher Connor, nous sommes les seules personnes sensées dans ce foutu pays, resserre moi donc une bière pour fêter ça !

- Monsieur Shelley, c'est la 5e pinte que vous prenez ce soir, il faudrait peut-être...

    Ryan Shelley, plutôt émêché et à moitié avachi dans son fauteuil décocha un sourire franc et innocent à la serveuse.

- Clara, Clara, Clara... Arrêtes donc de m'appeler Monsieur, après 5 ans tout de même il faudrait passer au tutoiement ! Et Con-con envoie la pinte s'il te plaît ! On fête le 5e tome des aventures de Jack Carnby tout de même ! Succès absolu et digne représentant du fait que les gens sont fondamentalement bons. Traite-moi d'idiot optimiste si tu veux mais les chiffres sont là ! Et en papier en plus pas seulement en ebook.

    Connor poussa un grand soupir et attrapa habilement une grande choppe.

- Ryan Shelley, ou comment tout prendre avec futilité et dérision. Je me demande encore comment quelqu'un comme toi a pu finir éditeur...

- Du tact Con-Con, du tact. Et de la diplomatie, chose dont tu as manqué en faisant fuir ma poule aux oeufs d'or, ce cher Hedwig Percival Lovecast ! Jamais le faire sortir de ses phases de mutismes, je pensais que tu le savais depuis le temps !

- Mais je n'en peux plus de le voir comme ça chaque année, je veux qu'il m'explique enfin ! Je suis son ami aux dernières nouvelles.

- Je le connais depuis plus longtemps et même moi je ne sais pas tout. Et je n'en fais pas un drame ! Hed est ce qu'il est !

- Ecoutez messieurs, je sais que nous nous faisons tous du souci pour Hed mais il faudrait...


    La porte du bar s'ouvrit d'un coup, laissant apparaître Hedwig, passablement pressé. Il traversa la salle et vint se planter devant le bar, le regard dur et décidé.

- Connor, sers-moi quelque chose de fort, maintenant. Vous voulez vraiment tout savoir ? Alors vous allez savoir, parce que j'en ai assez. Je viens de voir une affiche dehors, demandant la délation à vue de n'importe quel signe suspect envers la magie. Elle encourageait même les enfants à l'école, dès la crèche presque, à dénoncer les "enfants pas normaux", pour détecter la moindre étincelle ! On kidnappe des enfants, on déchire des familles... On vient de reculer un siècle en arrière. Et ça je n'en peux plus, tout me rappel Mary Elizabeth, toutes les affiches, les vidéos, les arrestations arbitraires... Allez, voici ce qu'il s'est passé pour moi il y a dix ans...

    Connor fronça les sourcils mais sorti sans faire d'histoire une bouteille étrange contenant un whisky maison des plus instables
    Ryan leva un pouce en l'air et s'avachit encore plus dans son siège.
    Clara pressa machinalement quelque chose dans la poche de son gilet, eut une mimique mi-figue mi-raisin.
    Les trois ouvrirent grand leurs oreilles.

*******

Parc St James, Londres – 06 août 2040, aux environs de 22h00

    Le soleil venait de disparaître complètement, période estivale oblige, il était assez tard dans les allées du parc St James. Comme chaque été, la chaleur était encore étouffante dans le centre de Londres. Les arbres avaient un mal fou à conserver leurs couleurs vertes avec leurs feuilles jaunissant sous les rayons impitoyables du soleil. Dans la clarté des réverbères, ils ressemblaient à des spectres. Il n’en fallait pas plus à Hedwig pour apercevoir des visages et des membres tentaculaires dans les feuillages. Il chassa mentalement ses images illusoires et replongea dans sa lecture, un classique, le célèbre Dracula de Bram Stocker. Combien de fois avait-il lu ce roman ? Il avait perdu le compte. Non pas que c’était son œuvre préférée, mais elle touchait au cœur même de son mémoire de littérature : l’évolution et la perception des monstres au fil des siècles. Ce n'était pas un sujet révolutionnaire mais il tenait à cœur à Hedwig. Depuis huit ans, le monde avait changé, du moins en Angleterre. La révélation du monde de la sorcellerie avait changé de nombreuses choses, et la peur et la méfiance s'installent désormais un peu partout. En même temps, savoir que la magie était une force existante et que des tordus armés de baguettes pouvaient vous contrôler, vous faire oublier des choses ou même lire dans vos pensées avait de quoi vous faire devenir paranoïaques.
    Mais pas Hedwig.
    Le jeune homme de bientôt 21 ans connait le monde magique, il ne s'en méfie pas et au contraire il en est fasciné. Tant de choses sont possibles en alliant les deux mondes ! Pourtant, la montée en puissance des Partisans lui fait mal au cœur. D'un côté il les comprend, ce monde magique peut être dangereux, sa sœur en a fait les frais pendant le début de sa scolarité : elle lui a raconté s'être blessée lors de plusieurs cours ou activités physiques. Apparemment il y aurait même un sport sur des balais volants extrêmement violent ! Pour autant, les prodiges que sa sœur réalisent lui donnent le tournis : lévitation, métamorphose, runes et bien d'autres.
    Hedwig eut un sourire mélancolique. Comme il aurait été formidable d'avoir ces pouvoirs aussi ! Au lieu de cela, il voyait des chimères. Enfin, avec Mary Elizabeth il pouvait ainsi découvrir ce monde formidable.
    Il s'écoula quelques minutes avant que le jeune homme n'entendisse des pas précipités venir vers lui. Il leva la tête et aperçu justement sa jeune sœur qui venait vers lui essoufflée.

    - Ah te voilà ! J'étais sûre de te retrouver par ici, tu viens toujours lire le soir sur ce banc.

Mary Elizabeth s'appuya sur ses genoux, reprit son souffle et envoya ses longs cheveux blonds derrière elle.

    - Tu n'as pas idée de me faire courir dans tous le parc par cette chaleur. Les parents sont inquiets, comme d'habitude. Il paraît que des gens peu recommandables traînent dans le parc en soirée.

    Hedwig referma son livre posément et regarda sa sœur amusé. Elle portait un t-shirt "Feel my magic" rose avec un arc-en-ciel et un short blanc.

    - Et ils t'ont donc envoyé me chercher toi, qui as 15 ans ?

Mary Elizaeth rougit.

    - Mais non enfin, je suis juste venu te chercher de mon plein grès.

    - Mlle s'inquiète pour moi aussi alors ?

    - Roh Hedwig tu n'es pas possible. Evidemment que je m'inquiète, vu comment mon grand frère est tête en l'air. Tu vois je suis obligée de venir te chercher tous les soirs !

    - Je plaisante, je plaisante, enfin tu sais bien que je finis par rentrer toujours.

    - Moui. Mais je préfère toujours venir te chercher pou profiter de la fraîcheur nocturne. En plus ce soir j'ai eu un pressentiment.

    - Te serais-tu découvert un don de voyance depuis les cours de divination dont tu m'as parlé ? demanda Hedwig sachant pertinemment combien Mary Elizabeth détestait ce cours

    - Je vais finir par transformer ton nez en groin de cochon si tu continues Perc' !

    - Argh. Je sais que tu ne peux pas faire de magie en dehors de Poudlard mais m'appeler Perc'... C'est le coup de grâce, tu sais que je déteste ce deuxième prénom.

    - Ahaha moi qui croyais que tu adorais le fait que ça te donne un côté chevaleresque et romantique pour séduire les filles...

    Les deux éclatèrent de rire dans la douceur nocturne. Leur rire ne dura pas trop longtemps, il fut interrompit par un claquement sourd en provenance des buissons, à quelques pas d'ici. Avant que l'un des deux Lovecast n'ai pu dire quelque chose, un homme surgit du buisson, l'air passablement tendu. Il était grand, pas bien plus vieux qu'Hedwig. Mais ce-dernier n'eut pas le temps de l'inspecter en détails, car il tenait dans ses mains une baguette magique. L'inconnu s'avança vers eux sans gestes hostiles mais s'adressa directement à Mary Elizabeth :

    - Miss Lovecast, je m'excuse de débarquer ainsi en transplanant mais vous devez impérativement venir avec moi. Je suis un auror du Ministère de la magie. Je dois vous escortez en lieu sûr, ils arrivent.


    Mary Elizabeth blêmit, son regard se fit perdu et elle se tourna vers Hedwig sans comprendre. Le grand frère se plaça entre elle et le soi-disant auror.

    - Qu'est-ce que vous lui voulez ? Restez en arrière.

L'homme parut encore plus stressé et leva sa baguette en direction d'Hedwig.

    - Ecoute, c'est une question de rapidité mon garçon, les Partisans organisent des rafles dans tout le pays. Le Ministère surveille avec attention Miss Lovecast car elle possède un don intéressant, qui ne doit en aucun cas arriver entre les mains de ces cinglés. Donc la petite va venir avec moi.

    Mary Elizabeth repoussa légèrement Hedwig et se planta à ses côtés, sa baguette ayant également apparu d'on ne sait où entre ses mains.

    - Comment ça "la petite" ? Vous me semblez bien familier, je ne vous connais pas et je vous prierai de reculer. Montrez-moi votre insigne du Ministère.

    L'homme eut une grimace indéterminée.

    - Miss Lovecast s'il vous plaît, ils sont peut-être déjà sur place et...

    Il ne put finir sa phrase, venant de remarquer le point rouge sur sa cage thoracique. Son visage se figea et il voulut faire un geste mais un sifflement retentit et quelque chose le frappa. Il s'effondra au sol parcouru de convulsions.
    Avec une agilité surprenante, Mary Elizabeth se retourna et leva sa baguette devant elle, formant un écran invisible. Une deuxième fléchette électrifiée vient se ficher dans le bouclier. La jeune fille n'avait prononcé aucune formule ce qui stupéfia Hedwig. En face de leur banc, du côté des feuillages que regardait Hedwig tout à l'heure, un autre homme émergea, tenant un long fusil dans ses mains. Il s'approcha à bonne distance, Mary Elizabeth tenant toujours son bouclier magique en place entre eux. Le tireur cracha :

    - Tes réflexes sont inhumains, sorcière. J'ai hâte que nous traitions toutes les créatures de ton espèce.

    - Laisse-nous tranquille, recule et vas-t-en !

    - Mais c'est qu'elle aurait du répondant la petite garce. Voyons plutôt si tu peux stopper les vraies balles.

    L'homme lâcha vivement son fusil et dégaina un petit revolver. Il tira à trois reprises sur le frère et la sœur avec un son étouffé, il devait utiliser un silencieux. Mary Elizabeth tint bon le choc mais son visage était très blême. Hedwig était comme déconnecté. Ils ne virent pas le deuxième tireur.
    Le son, beaucoup plus fort, résonna dans le corps d'Hedwig. Il vit d'abord une balle, fichée devant eux dans le bouclier magique mais dans le mauvais sens. Mary Elizabeth gémit et toussa, avant de commencer à s'affaisser. Comme dans un rêve, Hedwig la rattrapa avant qu'elle ne touche le sol. Du sang commença à se verser d'une blessure en pleine poitrine. La balle, venue de derrière eux, l'avait traversée de part en part.

    - Mary ! Non !

    Les yeux bleus regardaient dans tous les sens, paniqués, douloureux. Ils se fixèrent finalement sur son frère.

    - Hed... merci de m'avoir acceptée...


    - Non, Mary, ça va aller je suis là, ne pars pas, je t'en prie, tu as tant de merveilles à me montrer, tu vas voir les dragons dont tu m'as parlé, les licornes...

    - Hed... Les dragons... Tu es là.

    - Je suis là...

    Hedwig n'entendit pas le deuxième tireur s'approcher. Il ne voyait que sa sœur, dont la vie s'échappait petit à petit. Il reçut un coup extrêmement violent à la tête, et il s'enfonça dans un puits sombre, au bout duquel brillait deux yeux, deux yeux bleus qui agonisaient.

*******

Pub Le Balais Irlandais, Whitechappel, Londres - 07 aout 2050, 00h30

    - Je ne sais pas avec quoi j'ai été frappé ce soir là il y a dix ans, mais je suis resté dans le coma deux semaines. Lorsque je suis revenu à moi j'ai appris que, selon mes parents, Mary Elizabeth avait été assassinée par des sorciers renégats, venus dominer les "Moldus". Les Partisans avaient déjà faits leur office auprès de ma famille. Mon père était mort de chagrin à l'intérieur, Mary et lui étaient très proches. Ma mère... Vous savez que je ne lui parle plus. Elle a acquis la cause partisane très vite, peut-être que cela était plus facile pour elle de s'accrocher à ces mensonges. Elle ne m'a pas cru, le docteur de l'hôpital dans lequel on m'avait placé à utiliser mon passé psychiatrique pour mettre ma version des faits sur le compte d'un délire paranoïaque. Je n'ai même pas pu assister à l'enterrement de ma sœur, déjà réalisé quand je me suis réveillé. Je n'ai rien pu faire pour l'aider, elle est morte dans mes bras sans que je ne puisse agir. Les Partisans ont détruit ma famille et tente de détruire toute la magie en ce monde. Vous pouvez me croire ou non, faîtes comme bon vous semble, mais si j'ai envie de broyer du noir, j'estime en avoir le droit. Connor, finit la bouteille s'il te plaît.

    Hedwig tendit son verre vers le brasseur qui demeura bouche bée. Ryan n'était plus du tout avachi dans son fauteuil, il était même bien droit. Il posa une main sur l'épaule de son ami.

    - Et bien mon vieux, je savais que c'était quelque chose de traumatisant, mais à ce point-là... Je suis désolé que tu ai subi comme cela la violence humaine. Connor, ne reste pas planté là voyons, serres-le ! Amène une autre bouteille même ! Ce soir on est solidaire, on va trinquer. Trinquer à la future déchéance de ces salauds de Partisans, politiquement parlant on doit faire quelque chose. Allez ! Allez ! Courage Hed !

    Connor, abasourdi par l'histoire de l'écrivain et surpris par le fait que l'éditeur ne l'ait pas appelé Con-Con, servit prestement Hedwig. Celui-ci, peu convaincu par la tirade de Ryan, avala son verre d'un trait, mais eut un léger sourire sarcastique.

    - Je viens de te confesser la chose la plus importante de ma vie et toi tu veux trinquer... Tu ne changeras jamais...

    Connor partit chercher une nouvelle bouteille sous les encouragements de Ryan et le regard blasé d'Hedwig.

    Clara Oswin regardait l'écrivain avec tristesse mais avec une lueur énigmatique. Il a finalement confessé, c'est donc bien lui. Elle aura mis du temps à le cerner définitivement. Elle continua à tripoter machinalement un objet en bois long et flexible dans la grande poche de son gilet, par réflexe...

    A l'extérieur du bar, la nuit londonienne continuait de filer, apportant son lot de disparitions inexpliquées et autres phénomènes étranges. Cela aurait peut-être interpellé Hedwig s'il avait su qu'un petit dragon escaladait doucement la gouttière du bar, cherchant à s'infiltrer dans le bâtiment.
    Oui, l'été n'existait plus pour l'écrivain depuis dix ans. Mais une note d'espoir venait de renaître ce soir, avec ses amis.
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